Fille d'un père pervers narcissique et d'une mère sous emprise

08 avril 2017

Conférence sur l'emprise de la perversion narcissique

 


https://www.youtube.com/watch?v=sbLIU-Hr8BM


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Vivre dans une famille comme la mienne...

Vivre dans une famille comme la mienne, où la mère de famille est sous l'emprise de son mari, ou le père de famille est pervers narcissique, et où les trois enfants essaient de trouver leurs repères et de se construire dans un embroglio insaisissable et pourtant bien présent, bien actif et bien pesant.

Vivre dans une famille comme la mienne, bébé, puis enfant, puis adolescent(e), puis jeune adulte (je m'arrête là car à présent adulte, j'ai quitté ce cercle, et m'efforce de m'y tenir pour continuer à me reconstruire), c'est vivre chaque instant à travers ce qui pourrait satisfaire ce père omniprésent, même quand il n'est pas là. C'est vivre chaque instant à travers ce qui pourrait satisfaire son père, sans JAMAIS savoir ce qui le satisfait; et sans jamais avoir aucun moyen clair, stable, sûr, identifié et identifiable d'enfin le comprendre pour enfin pouvoir se positionner, soit en parvenant à le satisfaire, soit en disant "non" à cette tyrannie émotionnelle.
Tyrannie émotionnelle car on n'agit jamais pour soi, jamais par soi dans cette famille, on en vient vite à ne plus savoir qui est ce soi, s'il a le droit d'être, d'exister, si on est bien légitime. On comprend vite qu'on ne vaut pas grand chose et en tous cas beaucoup moins, tellement moins que son père. Que notre mère non plus n'a pas beaucoup de valeur, de capacités et de droit par rapport à notre père. Qu'oser parler, dire, faire, s'exprimer c'est prendre un risque, le risque de contrarier, de déplaire, d'être jugé, humilié, raillé, critiqué, moqué, méprisé, rejeté, ... Qu'oser même avoir notre propre pensée, notre propre ressenti, nos propres émotions est malvenu, est vécu comme une atteinte envers ce père. Comme si notre existence en tant qu'individu était une attaque, une offense, un affront fait à notre père, que nous aimons pourtant tant. Enfin... on sait pas si on l'aime, mais on doit dire qu'on l'aime et tout faire pour le satisfaire. Alors c'est qu'on doit l'aimer. On ne sait pas, on n'a pas le temps et l'espace en nous pour sonder notre coeur. Notre coeur qui d'ailleurs ne sait plus bien, ne sait plus rien, dont on finit par se méfier nous-mêmes, car notre père, qui a l'expérience et l'autorité, le statut d'adulte expérimenté et protecteur, se méfie de nous et de notre coeur. Il remet toujours en cause, sape notre confiance en nous, nos capacités à savoir, à ressentir, à faire, à dire... nous montrant toujours, par un mot, un regard, une ambiance, un bruit de gorge, un silence, une absence, une présence dans un coin de la salle, ... que nous avons tort, que nous faisons de travers, que nous faisons de manière médiocre.
Tellement décevante, insatisfaisante, insuffisante.

Alors il ne nous aime pas ? Mais non ! Puisqu'il reste avec nous. Mais non puisqu'il veut bien me payer ce voyage scolaire. Mais non puisqu'il dit à la grand-mère de ma cousine qu'il est fier de nous. Mais non puisque les autres nous disent qu'on hallucine et qu'on est même indigne d'oser penser et dire cela. Mais non puisqu'il repousse d'un revers de haussement d'épaule notre requête.
Et puis il n'y a pas la place de se demander si je suis aimée par lui car c'est lui qui est en souffrance. Un jour je suis venue discuter en face à face, lui disant que j'avais souffert qu'il ne me dise jamais qu'il m'aime. Il m'a répondu : "tu veux quoi ? que je me suicide ?"
Ce que mon coeur a à lui dire, c'est un torchon. Il me l'a dit.
Mais il est toujours là quand on a besoin de ses talents d'artisan. D'une expertise. Alors on continue... parce qu'on ne serait rien sans lui ? Comment faire sans ses talents ? Nous qui ne savons rien faire tout seul ?
Parce que nous ne cherchons plus à savoir si on a raison ou non de penser qu'on est malaimé et maltraité. C'est tellement embrouillé... On est tellement seul face à tous les autres...
Mais moi non, j'ai toujours chercher à éclaircir ce mal-être, qu'on voulait inhérent à ma personnalité, venant de moi et non de ce que j'avais vécu et de ce que je vivais encore. J'ai failli y croire, j'ai failli déifnitivement me déclarer folle. Psychotique. Autiste. (Je ne porte pas de jugement de valeur sur ces traits de personnalité, qui pour moi relèvent de moyens de défense et non du coeur même de la personne. Je ne dis pas que c'est grave d'être autiste, je dis juste que j'ai cru être ce que je ne suis pas. Et ça c'est grave.)

Nous lui coûtons tellement D'argent, de temps, d'énergie, de place, de lumière, d'oxygène presque. Vraiment. Nous lui volons l'attention quand on nous prête de l'attention, nous lui volons le prestige quand nous réussissons, nous lui volons son temps et son énergie quand nous le sollicitions, nous lui volons sa femme quand nous sommes proches de notre mère, ...
Nous étions à la fois trop et pas assez. Il fallait à la fois faire plus et moins. Etre un objet de fierté pour lui, mais sans trop briller non plus. Etre un objet d'humiliation pour lui, sans non plus que ce soit trop visible de l'extérieur. Il fallait qu'on le craigne ET qu'on montre un masque de joie, d'amour et de fierté. Que nous soyons baffoués chaque jour, mais que nous ayons l'air bien portant.

J'ai grandi en apprenant que j'étais un danger pour l'autre, que de prendre ma place dans la vie, d'exprimer qui je suis causait du tort à l'autre, que mes pensées, ressentis et émotions étaient tordus, que la sensation de savoir et savoir-faire étaient soit coupables soit non fiables.
Je devais choisir entre mon instinct de vie et ma loyauté et mon amour envers ma famille. Conflit interne intenable. Je n'ai jamais voulu lâcher ni l'un, ni l'autre. Jusqu'au jour où ma famille de substitution (oncle et tante) m'a laissée tomber. Cela m'a sans doute sauvée, car je n'avais plus à choisir. Ils avaient choisi pour moi. Et j'ai pu me trouver, et me choisir, moi. Choisir la vie et non plus une vie entre la mort psychique et l'envie de vivre et d'être moi. Ne plus avoir constamment le pied sur l'accélérateur et l'autre sur le frein.

J'ai grandi en apprenant à me violer moi-même chaque jour, me manquer de respect, atteindre à mon intégrité, en acceptant chaque jour des mots, des attitudes, des gestes, des situations, des décisions inacceptables, qui, si elles étaient isolées, ne seraient pas grave, mais qui, misent bout à bout, on bien failli me détruire, et dont les traces sont encore présentes en moi. J'essaie de les surmonter, et je crois bien que je suis en train d'y arriver. Marche par marche.
Mais derrière moi je laisse ma mère, qui meurt de ne pas avoir su poser de limite à sa patience et à sa gentillesse, au détriment du respect d'elle-même et de son intégrité, de sa personnalité, de son bonheur et de sa santé.
Derrière moi je laisse ma soeur qui a renoncé à sa santé, à sa personnalité, à ses talents, à ses choix, à ses capacités, croyant dur comme faire ce qu'on lui a dit qu'elle était : déssagréable, caractérielle, faible, médiocre, immature, inintéressante, ... nulle.
Toute deux vivant dans l'ombre de ce soleil autoproclamé, dans la tension de cette tyrannie sous-terrainne.
Et ça me fait un mal de chien.
Renoncer à l'espoir d'une relation réelle avec mon père me fait aussi mal. Nombre de fois je renourrie l'espoir "et si je faisais ceci..." "et si je disais cela...". Mais je sais que non. A la limite, je pourrais le revoir si j'apprenais vraiment à me défendre, à me positionner intérieurement par rapport à moi-même et non plus par rapport à lui, ce lui réelle ou fantasmé, qui a failli prendre toute la place dans mon psychisme et dans mes relations à moi-même, au monde et à autrui.

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